LE KAROO HOSTILE, DIFFICILE MAIS GRANDIOSE.
En route vers Sutherland, pentes incroyables... par sebiboy
Après, une étape chez Gay, la dame qui m'avait déjà accueilli une semaine auparavant, j'ai repris la route, mes cuisses dures comme les poteaux téléphoniques vers le nord et le Karoo désolé. J'ai assez rapidement constaté que le vent, confirmé par les prévisions météo n'allait pas être en ma faveur. Ainsi, même des routes plates goudronnées étaient éprouvantes avec la fatigue accumulée et je devais alterner avec des périodes de marche. Ce jour-là s'est terminé par 7 km de stop et en discutant avec ce fermier qui parlait très peu anglais, j'ai compris que s'ouvrait devant moi un autre monde. J'ai encore dans l'esprit ce black installé inconfortablement à l'arrière du pick up à tenir le vélo sur ces jambes entre deux tas de foin, j'ai pas eu la présence d'esprit de prendre la photo.
Les 200-300m d'altitude gagnés m'ont fait perdre quelques degrés et confirmait ce que les gens m'annonçait lorsque j'évoquais mon plan de passer par Sutherland, qui se révèle être l'endroit le plus froid d'Afrique du Sud.
Content de passer mes nuits ces jours là dans des confortables B&B ou Self catering, j'ai enfourché le vélo avec un peu de rancœur afin d'affronter le froid et le vent.
Ce dernier a toujours soufflé sans répit ces trois jours exactement face à moi. Ils annonçaient jusqu'à 50km/h en fin d'après midi. Effectivement, lorsqu'il me coupe le souffle, je peux affirmer que les bourrasques sont violentes.
Je suis passé de 1000 à 1500m d'altitude assez rapidement avec des côtes jusqu'à 26% sur une piste parfois difficile. La sensation de froid n'a cessé d'augmenter, lorsque la pluie a commencé à s'abattre sur moi c'est devenu à la limite du supportable. J'ai commencé à enfiler tous mes vêtements, j'ai même pensé utiliser mes emballages de muesli comme surgants. Le rideau de pluie fine mais dense m'empêchait de voir à distance. Je me suis résigné de tourner la tête et regarder derrière moi pour voir si un véhicule pouvait me prendre en stop. Il n'y avait aucune circulation, excepté deux motards pressés d'atteindre la prochaine ville avant la pluie et un pick up semblant ignorer ma présence m'a doublé tôt le matin .
Un peu plus de 100km me séparaient de Sutherland, j'avais de moins en moins la prétention de couvrir la distance en une journée mais encore moins l'idée de planter la tente. Faire du stop sans voiture n'est pas aisé ainsi je comptais trouver un ferme, environ tous les 12 km un bâtiment quelconque s'érigeait sur ma route. À 60km, j'ai entamé la visite des lieux semblant être abandonnés et à la merci des intempéries. Un vieux bâtiment en pierre n'était pas verouillé et était presque hermétique. Les lieux n'étaient pas très avenant et j'ai mis du temps avant de décider d'investir ces lieux qui se révéleront vraiment salvateur. J'ai dépoussiéré le matelas déglingué gisant sur le vieux lit. La maisonnette contenait trois pièces, la première à l'entrée comportait une fenêtre cassée exposée au vent d'ouest à l'opposé de la porte d'entrée , j'ai mis mes boules quiès pendant la nuit pour atténuer le hurlement incessant du vent. La pièce de vie comportait un poêle, idéal pour s'intoxiquer au CO, dégageant une odeur persistante de vieux bois brûlé et un frigo dont j'ai eu le malheur d'ouvrir la porte qui aurait du contenir un mouton en décomposition, au vu de l'odeur.
Les 40km restant du lendemain m'ont paru insurmontables, j'ai réfléchi à deux fois avant de m'arrêter pour m'alimenter et me transir de froid. Heureusement, le dernier fermier en me dépassant, c'est spontanément arrêté pour me conduire sur les 11 derniers kilomètres de pistes, je l'aurais embrassé si il avait fallu et ce n'était pas un Appollon!
Arrivé dans le fief de l'observatoire céleste ( je n'ai pas choisi le meilleur moment pour profiter de cette clarté inédite) j'ai profité du confort d'un bon lit dans un confortable B&B, à prix cycliste. Après de telles journées, je peux affirmer être en mesure d'apprécier ces choses simples mais importantes.
De là, mes étapes sont devenus plus faciles (pas trop de mal), j'ai rejoint un curieux village dont la gestion de l'unique hôtel-restaurant, l'épicerie, la poste et la station service est géré par une seule famille, le style victorien et le service sobre mais impeccable m'ont laissés nostalgique. Le peu d'anglais parlé des habitants laissent supposer une certaine timidité, le deuxième fermier rencontré de la région m'a laissé un peu perplexe. Je me suis permis de frapper à sa porte avant d'atteindre la montagne "et le point de non retour", sans avoir vraiment ouvert sa porte, il m'a demandé si j'avais besoin de quelque chose et m'a affirmé que je ne serai pas seul sur la piste, ( il a intérêt d'aller dans la civilisation progressivement sinon il risque un choc, si pour lui deux véhicules par jour c'est beaucoup de circulation). Ce fermier a 9ha de terrain par mouton, ce qui me donne une idée de la quantité annuelle de pluie.
Je rappelle par ailleurs qu'il n'y aurait pas autant de vie possible si il n'y avait pas ces "wind mill" qu'il me plaît tant de photographier, à ma connaissance la force du vent omniprésent permet de pomper l'eau qui est parfois fortement minéralisée jusqu'à 60m de profondeur.
La vague d'intempérie évacuée, j'ai retrouvé un ciel exempt du moindre nuage avec la joie de rouler aidé certains jours par les dieux du vent.
La visibilité liée à l'absence d'humidite et surtout de pollution est incroyable si bien que mon appréciation des distances sans trouve un peu déformée. Vu le relief, il m'est arrivé de voir une ville toute proche dont j'ai mis un temps anormal à atteindre.
Sorti de ces paysages arides, j'ai rejoint la côte ouest que j'ai beaucoup apprécié par sa rusticité dotant que le vent estival n'était pas là pour me compliquer la tâche.
L'économie n'est pas reluisante mais un charme ce dégage de ces vieux bateaux de pêche vétustes. la fabrique de sardine remarquable par son odeur de poisson ne sent plus rien car elle s'est recyclé dans la frite de pomme de terre dont les sud africains font tant usage.
J'ai raté le train qui fonctionne bien en tant que tel soit disant le plus long du monde (3km et jusqu'à 6 michelines) qui transporte le minerai de fer depuis le nord du pays jusqu'à l'accès maritime. 
Apres cette période d'isolement, j'ai à nouveau rencontré des gens intéressant. Ils s'illustrent par un niveau d'ingénierie élevé, tous les deux sont des passionnés de vélos, le premier Paul à Langebaan est à l'origine d'une chaîne de mise en boîte de sardines et Grahme à 75ans travaille le carbone appliqué au cyclisme et a vendu plus de 5000selles de sa conception. Il travaille aussi sur la production d'un vélo africain indestructible mais simple (sans vitesse, frein à rétro pédalage, et bien sur anti crevaison)
J'ai beaucoup aimé son prototype de rail de selle qui permet le réglage en roulant de la hauteur, de l'inclinaison de la selle, intéressant de pouvoir changer les points d'appui sensibles.
{ Page précédente } { Page 1 sur 19 } { Page suivante }
|
Qui suis-je ?
Mes albums
Où suis-je actuellement ?
Rubriques
Derniers articles
LE KAROO HOSTILE, DIFFICILE MAIS GRANDIOSE. DIE HELL. LES ALEAS DU PROGRAMME. FERMIER DANS LE FREE STATE. QUELQUES BETISES.
Sites favoris
Warms showers Vagabonde Cycles Moyeux Rohloff Météo internationale Novegienne. Voyageurs en camion Mercedes. Lodge Rooiberg. The Hell Aprentissage expérimental. Calendrier du sportif. Cap Argus Selfcatering Cottage Claire&jake à George.
Amis
|